mardi 27 février 2007

Dienstag, den 27.

Dernier jour à Salzburg, raconté de l’aéroport puisque mon avion part dans 1h30…
Je passerai rapidement sur la journée, passée en grande partie à parler de tout et de rien avec Robi.
En fait il m’a fait un peu peur le matin parce que vers 8h, j’ai entendu la porte s’ouvrir (de l’entrée) et une voix masculine passer un coup de fil, et j’ai cru que l’ex de Matti, qui devait rentrer à Salzburg ce jour-là, avait débarqué dans l’appartement. Et puis vers 10h, c’est la porte de ma chambre qui s’est ouverte, et par réflexe, j’ai dit «ich bin da» (je suis là), et visiblement, la personne en question, connue ou non par moi-même, était au courant qu’effectivement, j’étais là, et voulait simplement le vérifier. J’ai eu droit à un «Entschuldigung» (désolé), et le mec s’est eclipsé.
Robi devait nous emmener en voiture à Geistberg, alors j’ai eu un doute, je me suis levée (il était déjà 10h30), au cas où il soit là entrain d’attendre que je daigne me préparer pour la visite touristique, un peu comme quand mon papi est prêt 1h30 avant de partir, et qu’il attend les bras croisés sur le canapé, avec ses chaussures placées face à lui, prêt à bondir dedans, et sa casquette sur les genoux ; et qu’à deux pas de là, je l’observe en sirotant tranquillement mon thé, encore en chemise de nuit.
Bref, je me suis levée, mais heureusement à 20 ans, Robi n’est pas encore un papi et il est peinard sur le canap’ à lire son journal.

Vers midi, il neige. Je me dis qu’il me reste comme ultime visite à faire le cimetière, communal cette fois, pour voir si c’est vraiment pas pareil comment on enterre les petites gens en Autriche et en France. Robi a la voiture des parents, mais j’ose pas lui demander de me la prêter, et puis il faut dire que sous la neige, le vélo, c’est quand même vachement plus marrant que le voiture… hum.
Je me couvre jusqu’au bout du nez, et c’est parti pour 20min de folie. Je crois que depuis hier, la température a chuté de 5 à 10°C. Et puis la neige, c’est pas celle qui tombe super lentement, avec un tintement de cloches en arrière-plan, comme dans les films. C’est de la vraie neige qui te rentre dans les yeux, et que t’es content(e) d’avoir mis du mascara waterproof.
À l’approche du cimetière, les marbreries et fleuristes se font rude concurrence, jamais vu une telle concentration dans un périmètre aussi réduit.


Ca veut dire "déchets biodégradables uniquement"

Ce truc était effrayant, sous la bache, on pouvait imaginer n'importe quoi...


L'écriteau signale le fleuriste qui prend soin des fleurs de cette tombe. Comme quoi, la publicité n'a plus de frontières.

Comme chez Ikea, les gens de passage avaient inscrit leur nom sur les briques des arcades...



J'ai été surprise car pour moi, qui ai étudié l'histoire en allemand, "Taube" signifie "colombe". Jusqu'ici, j'avais surtout vu des corbeaux. Finalement, je l'avais deviné, Taube, dans le language courant, c'est pigeon. Mais au premier abord, c'est plutot marrant, voire même poétique, d'interdire de nourrir les colombes!

"Cause this is thrilleeeeeer, thriller night"!

"L'enterrement a coûté si cher, on va pas non plus laisser s'abîmer la stèle recouverte de feuilles d'or!"


Au cimetière, donc, rien de nouveau, sauf que j’en sors avec le sourire jusqu’aux oreilles, et que les visiteurs doivent se demander si j’ai pas vu la Vierge Marie. En fait, j’ai juste couru après des écureuils qui se couraient après (un peu comme dans Amélie Poulain : «là y a un bébé, qui regarde un chien, qui regarde les poulets rôtis»).







Le retour fût douloureux, j’avais les pieds et les fesses congelées.

Ce peintre en bâtiment a tout compris à la communication visuelle.




Cette boutique était affreuse. Pauvres londonniens...




Pour le soir, je me sentais plutôt d’humeur casanière, mais Matti et Robi étaient motivés pour le bowling. Kristin avait passé l’après-midi avec Martin, et j’espérais fort qu’ils viennent ensemble pour le bowling. Ce fut le cas, et je me sentais complètement euphorique ; dernière soirée en compagnie de tous ceux que j’avais le mieux connu ici, un peu comme à la fin de Big Fish, lorsque le père traverse la forêt en saluant tous ceux qu’il aime. Sauf que nous sommes juste cinq et que l’heure de ma mort n’est pas encore venue.
En plus Kristin et Martin sont arrivés la main dans la main, alors c’était d’autant plus merveilleux.
Au bowling, j’ai été une vraie merde. Mais c’était quand même merveilleux.
Quand c’était mon tour, Martin disait «ouit’ ouit’ !», je sais pas pourquoi, mais c’était rigolo.




















Dans la voiture, on a fait le bilan de ce que j’avais appris comme mots du dialecte, et Martin m’a dit qu’il avait encore quelque chose à m’apprendre : «Oargatzei», qui veut dire écureuil, et «Oargatzei Schwoaf», qui est je crois la queue en panache de l’écureuil. Et puis en dialecte, ils transforment les «ch» allemand, qui est quand même la sonorité la plus jolie de la langue, prononcée du bout des lèvres, en un espèce de «r» super dur, semblable au «j» espagnol. Alors pendant que je répétais sagement tout ça, je me moquais de leur dialecte en disant «Kirche» (Kirrre), église en français, et «nichts» (nirrrts), «rien», et un peu comme pour Wurscht, ça faisait beaucoup rire l’assemblée. Et de mon côté, j’éclatais de rire à chaque fois que je tournais la tête vers Martin, qui a une tête trop drôle, et une fois de plus mon côté bon public a ravi quelqu’un.
On est arrivés chez Matti, et j’ai demandé à Martin pourquoi il disait tout le temps «ouit’ ouit’ !» quand on était au bowling, et il a hurlé «Mais c’est du français !» (en allemand), «schnell, schnell !». «Vite, vite !» j’ai explosé de rire et Kristin m’a rejoint en précisant que tout le monde sauf moi avait compris. D’ailleurs, après, Robi m’a demandé de redire «vite vite» et il avait beaucoup de mal à le répéter. Il a fini par conclure qu’il ne voyait presque aucune différence entre les deux. J’étais scotchée de constater qu’il existait aussi clairement une sensibilité phonétique liée au langage.
Enfin, j’ai dit au revoir à Kristin et Martin, et là, Martin s’est approché de moi et m’a passé un collier de bonbons autour du cou.
Oh, c’était trop beau.
Et Kristin a fait la même chose. C’était très bizarre, parce que je n’en pouvais plus de rire tellement j’étais heureuse, et en même temps, ce moment avait quelque chose de si solennel, comme un baptême, une bénédiction, un geste qui dit «Voilà, le chapitre est clos, merci pour tout et bon vent». J’ai croqué rageusement les colliers et les ai embrassé.
C’était la fin.




(c'était "ma" chambre)

Ah si, j’oubliais quelque chose. Parmi les mots que Martin connaissait, il y avait «avec gaz», c’était pour l’eau, parce qu’en Allemagne et en Autriche, quand on demande un verre d’eau, on nous donne de l’eau pétillante ; l’eau minérale normale, c’est de l’eau gazeuse.
Alors j’ai ajouté qu’il devait aussi savoir que les gaz, en France, c’est les prouts (d’ailleurs merci Scarlett, car sans avoir traduit ton histoire, je n’aurais pas su le dire).
Il a ri et je lui ai dit qu’on disait «j’ai des gaz», et là, il a répété consciencieusement en articulant : «Je-dégaze».
L’accent allemand, c’est vraiment marrant. Il m’avait aussi raconté quand on s’était baladé sur la colline, qu’une fois il était allé à Strasbourg, il avait 12 ans, et sa grande sœur voulait acheter un livre d’un auteur français que je ne connais pas, qui s’appelle Maigret. Seulement elle avait la trouille de demander, donc elle a délégué la tâche à son petit frère, qui devait demander s’ils avaient Maigret ; et fièrement, Martin a lancé à la vendeuse : «vous avez Maigri ? ».
(pour encore plus de labsus d'étrangers, rdv sur mon blog de blagues)

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