




Pendant qu’ils papotent, ils me font faire une sorte de test psychologique, où on doit dessiner une maison, un arbre, une barrière, un soleil, une hache, un chemin et un serpent. Je l’ai déjà fait en 5e, mais je me rappelle plus des diverses significations.

Alors au moment de l’interprétation, Anita me demande ce que mon serpent a au bout de la queue, et je lui réponds que ce sont les petites boules qui font sonner le serpent à sonnette. Martin imite les maracas et ils se marrent tous les deux. Après en avoir connu la signification, ça me fait bien marrer aussi. Faites le test, je vous dirai les résultats…
Anita nous laisse et m’offre un collier de bonbons que j’accepte avec plaisir ; je me sens complètement gamine à côté de ces deux vieux de 26 et 30 ans, mais c’est plutôt marrant, et puis Martin me parle comme à une de ses élèves, et pas une petite copine potentielle, alors c’est agréable parce qu’on peut faire les cons juste pour faire les cons et pas pour se plaire. Et puis de toute façon, c’est Kristin qu’il veut.


On traverse une sorte de forêt pour voir le panorama en haut de la colline, je lui raconte des histoires françaises liées aux Allemands, comme « Vasistas » ou « se faire appeler Arthur », il le répète, et « Mac Donald » aussi parce qu’hier il me l’a dit avec l’accent anglais et j’ai pas compris, alors je lui ai expliqué comment le dire à la française, du coup il le répète tout le temps. Et quand il essayait de m’expliquer comment on disait « chauve-souris », il a dit « Batman », à l’anglaise, et une fois de plus je n’ai pas compris ; il s’est concentré, l’a prononcé comme « Mac Donald » avec un joli « a », et j’ai compris.

On parlait de chauve-souris parce que j’en ai sauvé une ce jour-là, même si au début j’ai cru que c’était un mutant, genre scarabée à poil, avec ses ailes repliées, elle était toute rikiki, perdue, en plein soleil, au milieu de la route. On a arrêté des voitures qui se demandaient ce qu’on voulait protéger, et qui devaient faire un détour pour une si petite chose. Au début Martin avait peur qu’elle le morde…


Lorsqu’on s’est arrêtés pour le panoramas je lui disais « ah oui, c’est là qu’on était tout à l’heure, la terrasse ! » ou encore « ah oui ici en bas, c’est le cheval avec l’eau qui sort par les trous de nez ! », et en fait il était complètement dégoûté parce qu’il pensait me faire la surprise, jouer aux devinettes. Alors il m’a regardé avec des gros yeux et m’a demandé pour plaisanter « Est-ce que tu es déjà une femme ? » « Parce que les filles sont réputées pour leur mauvais sens de l’orientation… ». Je lui ai juste répondu que j’avais un bon sens de l’observation.

On a dû revenir sur nos pas car Kristin nous attendait à 16h30 en bas de la colline. J’avais parlé sans problème à Martin tout l’après-midi, et quand ils se sont mis à parler avec Kristin, c’était fini, de nouveau charabia, ça m’a déprimé ! Kristin a vu mon désarroi et par moments elle se reprenait en « Hoch-Deutsch », ce qui veut dire « haut-allemand », alors je me suis dit qu’en France, pour se faire comprendre il suffisait d’articuler, et pas de parler en haut-français… en même temps on est en Autriche, alors les habitants ont dû s’approprier la langue ; comme le français au Canada, c’est vrai que c’est pas évident de comprendre le canadien, même pour un français, alors peut-être que les canadiens doivent se reprendre en « haut-français » quand les étranger qui ont appris le français comprennent pas…

("des millions de trous du cul qui avancent, c'est le progrès de la technique")
On a accompagné Martin chez un ami à lui qui fait des massages, parce que notre cher professeur de sport s’était trimballé son ordinateur portable sur l’épaule tout l’après-midi. Au milieu de notre visite de colline, je lui ai proposé de l’aide, car mon sac à dos était tout léger. Il m’a répondu « Non mais ça va pas, jamais je ne laisserait une femme porter mes affaires ! », j’ai trouvé ça un peu bizarre et exagéré, alors je lui ai dis que de toute façon on était entre nous, que personne ne le saurait, et il m’a répondu que lui le saurait, et que c’était déjà trop. J’en ai parlé à Kristin, elle m’a dit que ce genre de valeur était typiquement autrichienne, que la plupart des hommes ici se comportaient comme ça. Ça m’a rappelé une conversation que j’avais eu avec Matti, sur les relations amoureuses avec des étrangers. Je lui disais que pour moi, sortir avec un étranger apportait d’office quelque chose de positif et nouveau: la culture propre. Elle qui n’est pratiquement sortie qu’avec des étrangers m’a répondu qu’en effet, c’était vrai, mais que personnellement, c’était aussi des problèmes de culture qui avaient causé ses ruptures : l’italien était jaloux et macho, le suisse trop mou, l’espagnol sans horaires, sans contraintes, et j’ai repensé à une de mes amies sortie avec un allemand et qui a rompu, entre autres je pense parce qu’il était trop rigide et étroit. On a beau dire, c’est difficile d’échapper à sa culture… et je me suis aussi demandé ce que les français étaient sensés être, Kristin et Matti se sont accordé sur le romantisme…alors ! c’est chouette.
Pour en revenir à Martin, on l’a donc accompagné chez son masseur, et avant de partir, je lui ai demandé de me faire une démonstration filmée de son bel accent français.
En rentrant, pendant mon dîner, j’ai allumé la télé et je suis tombée sur une chaîne allemande qui s’appelait « MDR ». Ça m’a fait bien rire.

(C'est l'abréviation de MittelDeutschen Rundfunks, "Radio du milieu de l'Allemagne")
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